krAzy spAce en résumé : un grand brun, sourire enrôleur, moue badine, l’allure sereine soudain transformé en fou furieux aux veines dilatées, auteur d’un rap ultra-violent. Où l’art de vous toucher en mode uppercut. Un personnage de sale gosse pervers, joueur et névrotique, façon Ken qui démembre Barbie.

Julien Espeisse a connu une mutation musicale tardive lorsque, de retour d’un séjour d’un an en Louisiane, à 23 ans, il se décide à mettre son énergie à l’écriture d’une mixtape faite maison. On y retrouve le flow rageur et la white-trash attitude d’Eminem : un résultat brut et débridé, puissant et rageur.

S’en suit une rencontre décisive avec Aimeric, DJ touche-à-tout de son état, avec lequel il remporte quelques semaines plus tard la bourse Jeunes Talents 2012 de Nîmes. Une ascension fulgurante, une combustion spontanée, qui se prolonge assez naturellement par l’intégration au sein de la pépinière artistique La Belle Paloma en juin de cette même année.

Depuis, plusieurs dates en première partie de têtes d’affiche à Paloma (Boys Noize et Wax Tailor) et quelques mois d’immersion pour accoucher d’un premier E.P. conceptuel au nom double, comme sa personnalité, "∆ ∆". Il est temps de découvrir qui est vraiment krAzy spAce.


E.P. ∆ ∆

Cabinet de psy, ambiance feutrée. Chaque morceau débute par les conseils d’un thérapeute, en anglais mâtiné d’accent allemand. Comme si Dexter rencontrait le psy des Soprano.

Premier morceau : présentation. Welcome to his world. Welcome to his head. Obsessions, émotions, pulsions : la sainte trilogie. Le soi maléfique prend les commandes. Vous voici embarqué dans un monde suffisamment vicieux pour demander à une jeune femme lors d’une balade langoureuse aux influences soul, qui viendra la violer en premier. Où il est question de sang, de sperme, de coke, de fête, de meurtres, d’embardées sauvages, de bluff et de jouissance.

Bref, une folie subversive qui fait éclater avec brio les verrous de la bienséance. Et ceux des genres musicaux puisqu’ici, on mélange sans tabou les codes de l’électro, de la soul, du hip-hop bien sûr et de la pop parfois. Même les mélodies légères ont des accents acides. Rien de caressant, de gentil, de lisse, pour ses compositions exclusivement pensées en solo : il s’agit de tout cramer pour se rappeler qu’on est en vie.

Dieu soit loué, à la fin, il ne guérit pas. "∆ ∆" : Alléluia.